Pavel Smejkal

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Regardez bien ces photos : elles ne vous disent vraiment rien ?

Avec la démocratisation de la photo et le photo journalisme, le XXe siècle a offert à l’histoire une multitude d’images, un chaos de témoignages visuels dont certaines, par la force de leur sujet ou la gravité de l’instant capturé, sont devenus un patrimoine culturel commun, mieux, des symboles, des icônes.

Il n’est pas rare que les personnages de ces photos continuent à vivre dans notre imaginaire, à nous hanter ou nous porter, c’est selon, bien longtemps après avoir détaché son regard de la photo.

La guerre du Vietnam pourrait par exemple se résumer à cette unique photo célèbre d’une petite fille courant nue à la recherche de sa mère, tandis qu’au loin le napalm embrase son village. Cette photo même qui déclencha de vastes manifestations anti-guerre et fit basculer l’Amérique dans le No war.

C’est sur cette base que Pavel Smejkal a voulu engagé un véritable travail de mémoire à sa façon, en effaçant totalement de ces clichés célèbres les protagonistes de l’Histoire.

Dès lors, que devient une fois la nuit venue la place Tien An Men sans ce jeune homme marquant l’histoire en s’interposant seul devant une colonne de chars. Que sont devenus les étudiants, la révolte et l’oppression chinoise ?

Que reste-il finalement, une fois la poussière retombée, de ce petit garçon éthiopien famélique, entouré de vautours prêts à le dépecer ? S’il disparaît, le problème disparaît-t il simplement avec lui comme s’il n’avait pour ainsi dire jamais existé, dans un révisionnisme collectif inconscient ? La photo ne reste t elle pas d’ailleurs la seule réalité de ce qui fut une famine – mot si abstrait pour nous qu’il faut une image forte pour en comprendre la dramatique réalité.

Peut-on au fond refaire le match et changer l’histoire, la classifier, en fonction des icônes visuelles. Reconnait-on seulement, au premier regard, une fois le protagoniste soigneusement effacé, cette colline d’Espagne où Capa captura l’instant préçis où ce jeune combattant fut fauché en plein vol par une balle ennemie ?

Que reste-il de cette mémoire collective soudain défaillante, au delà du cliché, de l’instant, où les protagonistes disparaissent des images et vident l’histoire de sa substance même, remettant en cause l’Histoire tout entière et ne laissant à voir que des lieux à l’abandon.

 

Pavel Smejkal :

Ces photos sont devenues notre patrimoine culturel, notre banque d’images, une mémoire des nations, un symbole, un instrument de propagande ou un exemple d’une sorte de photographie. Quoi qu’il en soit, un modèle pour la fabrication d’autres images. Je remets en question leur sens, leur signification, leur fonction et leur avenir.

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